Expérimentez le lâcher-prise
Vos mots d’ordre : prendre les rênes de sa vie, décider, maîtriser tout ! N’avez-vous pas envie de lever le pied ? Pour votre..
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Lorsqu’une personne arrive en accompagnement dans un état de grande souffrance, la tentation peut être de vouloir comprendre immédiatement : rechercher l’événement d’origine, identifier la blessure initiale, donner du sens à ce qui fait mal.
Dans le travail du psychotraumatisme, ce n’est pourtant pas toujours la première étape.
Avant de chercher l’allumette, il faut parfois commencer par éteindre l’incendie.
Lorsqu’un feu est encore actif, on ne débute pas par l’enquête. On protège, on contient, on limite les dégâts. On s’assure que la structure tient encore et qu’un minimum de sécurité redevient possible.
Il en va souvent de même en thérapie.
Une personne traumatisée n’arrive pas seulement avec des souvenirs difficiles. Son corps peut rester pris dans l’alerte : hypervigilance, sursauts, tensions, sommeil fragile, accélération du coeur ou agitation. À l’inverse, elle peut se sentir coupée d’elle-même, figée, épuisée ou absente.
Dans ces moments, aller trop vite vers l’origine du trauma peut raviver ce qui déborde déjà. La priorité n’est pas de faire raconter à tout prix, mais d’aider la personne à retrouver suffisamment de stabilité pour rester présente à ce qu’elle vit.

Stabiliser, c’est redonner au corps et à l’esprit quelques points d’appui.
Cela peut passer par la respiration, l’attention aux sensations, l’orientation dans le présent, le repérage des ressources, la qualité du lien thérapeutique ou l’apprentissage de moyens simples pour traverser une montée d’activation.
Il s’agit d’aider la personne à sentir qu’elle n’est plus seule et sans recours face à ce qui l’a autrefois débordée.
Cette étape n’est ni secondaire ni préparatoire au « vrai » travail. Elle constitue déjà une part essentielle du soin.
Judith Herman a largement contribué à faire reconnaître cette progression : restaurer d’abord la sécurité, aborder ensuite les souvenirs traumatiques, puis soutenir la reconnexion à la vie, aux autres et à soi-même.
Le travail d’apaisement ne signifie pas que l’on évite indéfiniment les profondeurs. Il signifie que l’on y descend avec davantage de prudence, de préparation et de respect.
Lorsque l’incendie baisse, il devient possible d’explorer les traces laissées par l’événement, de comprendre certaines réactions et de relier ce qui semblait jusque-là morcelé, incompréhensible ou purement subi.
Une autre image m’accompagne : celle des pépites d’or que l’on peut parfois retrouver dans les cendres.
Il ne s’agit pas de présenter le trauma comme une chance, ni de donner un sens positif à ce qui a détruit, blessé ou bouleversé une existence. Les cendres restent les cendres. Elles portent la trace de ce qui a brûlé.
Mais un travail thérapeutique peut permettre de découvrir, non pas dans le trauma lui-même, mais dans le chemin accompli à partir de lui, quelque chose de précieux : une parole retrouvée, une meilleure connaissance de ses limites, une attention plus fine à soi, une capacité nouvelle à demander de l’aide ou une force de vie plus enracinée.
Ces ressources ne justifient pas la souffrance. Elles témoignent de ce que la personne a pu reconstruire.
Le travail de Janine Altounian offre ici un éclairage précieux. Elle rapproche l’écriture du passé traumatique d’une opération de traduction : faire passer dans une langue partageable ce qui était demeuré sans mots.
Le trauma laisse parfois une sorte de langue étrangère en soi : sensations brutes, images fragmentées, silences, réactions corporelles, effroi sans récit.
Le travail thérapeutique ne consiste pas à imposer une explication ni à fabriquer une histoire parfaitement cohérente. Il aide progressivement la personne à mettre en forme ce qui peut l’être, afin que l’expérience ne reste pas enfermée dans le corps comme une menace toujours actuelle.
Transformer ne signifie donc pas effacer. Cela signifie rendre l’expérience un peu plus pensable, partageable et intégrable.
Dans cette perspective, le soin ne consiste pas à supprimer toute trace du passé.
Il s’agit d’abord d’éteindre l’incendie.
Puis de comprendre ce qui a pris feu, lorsque la personne dispose de suffisamment de sécurité pour s’en approcher.
Ensuite, il s’agit de consolider la structure : développer des ressources, restaurer la confiance dans le corps, retrouver du choix et reprendre place dans les relations et dans la vie.
La sécurité n’est pas seulement une idée. Elle se construit aussi dans le corps, dans le système nerveux et dans la relation. Elle se reconnaît lorsque la respiration redevient plus libre, que le présent peut être perçu comme différent du passé et que la personne retrouve une marge d’action.
C’est peut-être cela, au fond, le travail thérapeutique : ne pas promettre une réparation spectaculaire, mais accompagner un chemin suffisamment prudent, humain et ajusté pour qu’une personne puisse peu à peu revenir à elle-même, sans se brûler de nouveau au contact de son histoire.
Ghislain Darbon exerce à La Rochelle, en téléconsultation, à domicile, en individuel ou en groupe.
Contact : 06 84 15 62 79 ou ghisl1.darbon@gmail.com
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